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Les
Libanais et Syriens d'Égypte
précurseurs de la « Nahda » arabe aux XIXe et XXe siècles
Père Dr.
Simon Assaf
La grande émigration Syro-libanaise vers l'Égypte,
commencée au XVIIe siècle, a pris son essor entre la seconde moitié du XIXe
siècle et le début du XXe siècle, particulièrement après les massacres commis en
1860 dans la montagne libanaise ainsi qu'à Damas, ce qui entraîna également une
très large émigration syrienne.
En Égypte, Citons parmi ces familles les Assouad,
Athié, Achbaa, Akl, Assouad, Ayrouth, Bakhos, Baz, Béhna, Bitar, Boulad, Boulos,
Boustany, Cassir, Chalhoub, Chamy, Chaoul, Chahine, Chedid, Chéhfé, Corm, Dahan,
Daher, Debbané, Eid, Eddé, Emad, Farah, Farès, Freige, Gemayel, Gargourra,
Habachi, Hachem, Haddad, Haggar, Haïmari, Hakim, Hanneya, Homsi, Hawawini,
Hindi, Karam, Khlat, Khouri, Maalouf, Lakkah, Mitri, Mirchak, Motran, Nasser,
Naggar, Nouh, Orfali, Pharaon, Tathl, Rohayem, Sakakini, Saab, Sabeth, Sobhani,
Sarrouf, Sammanne, Sayegh, Sednaoui, Sursock, Chéhadé, Tadros, Takla, Tagher,
Toutounji, Younès, Zananiri, Zeidan, Zein, Zogheb.
Au XIXe siècle, l'Égypte devenait
plus attirante économiquement, vu les réformes sociales et culturelles
effectuées par Mohammad Ali puis Ismaïl Pacha, ainsi que d'autres khédives ou
vice-rois, qui voulaient faire de l'Égypte un « coin » d'Europe en Afrique.
Alexandrie est devenue à la seconde moitié du XIXe siècle une ville
méditerranéenne, européenne, arabe et islamo-judéo-chrétienne, concurrente de
Marseille et Istanbul, et son port recevait des navires de toutes les parties du
monde, garantissant 60 % de l'activité économique égyptienne.
Des centaines de paysans montagnards et de propriétaires terriens libanais, et
syriens venus souvent à pied, à dos d'âne ou à bord de petites embarcations,
suivis de grandes familles bourgeoises, à majorité chrétienne melkite, puis
orthodoxe et maronite, de Saïda, Tyr et Zahlé, Alep, Damas, et Homs,
s'installèrent à Alexandrie, à Damiette, à Mansourah, à Tanta et au Caire,
travaillant dans l'agriculture et le commerce.
Ces Libanais émigrants possedant d'autres langues que l'arabe furent embauchés
dans les grandes sociétés et banques étrangères et développèrent, avec les
Égyptiens, les secteurs économiques privés. Ils réussirent dans les professions
libérales, comme comptables, magistrats, avocats, médecins, ingénieurs,
entrepreneurs, etc, et certains occupèrent d'importants postes au gouvernement,
allant même jusqu'à influencer la politique locale. Le nombre de Libanais et de
syriens d'Égypte, à la fin du XIXe siècle, dépassait les cent mille personnes.
Les syro-libanais émigrant en Égypte avec des capitaux se sont bien établis et
ont investi dans les petites industries de l'huile, de la savonnerie, du tabac,
des pâtisseries. D'autres ont fondé de grandes sociétés et industries de sel, de
sodium, de textile, de parfum, de bois, de la soie. En 1905, ils furent les
pionniers des industries chimiques et du coton en Égypte. Ils travaillèrent
aussi dans le secteur du transport (train et autobus) dans le delta du Nil,
établissant des liaisons régulières pour les gens et les marchandises à partir
des ports jusqu'aux villages les plus éloignés du désert.
Dans les villes, ils ouvrirent de grands magasins de nouveautés (prêt-à-porter,
produits de beauté.). Certains firent rapidement fortune et construisirent des
palais qu'ils habitèrent. Ce succès rapide entraîna, à son apogée, l'ouverture
d'églises, d'écoles, de clubs et d'associations de bienfaisance, appuyant les
nouveaux émigrants syro-libanais et envoyant des aides au Liban, et en Syrie
tout en contribuant au développement de l'Égypte. Citons parmi ces familles les
Assouad, Athié, Achbaa, Akl, Assouad, Ayrouth, Bakhos, Baz, Béhna, Bitar,
Boulad, Boulos, Boustany, Cassir, Chalhoub, Chamy, Chaoul, Chahine, Chedid,
Chéhfé, Corm, Dahan, Daher, Debbané, Eid, Eddé, Emad, Farah, Farès, Freige,
Gemayel, Gargourra, Habachi, Hachem, Haddad, Haggar, Haïmari, Hakim, Hanneya,
Homsi, Hawawini, Hindi, Karam, Khlat, Khouri, Maalouf, Lakkah, Mitri, Mirchak,
Motran, Nasser, Naggar, Nouh, Orfali, Pharaon, Tathl, Rohayem, Sakakini, Saab,
Sabeth, Sobhani, Sarrouf, Sammanne, Sayegh, Sednaoui, Sursock, Chéhadé, Tadros,
Takla, Tagher, Toutounji, Younès, Zananiri, Zeidan, Zein, Zogheb.
La « Nahda »
À la même époque, le Liban et la Syrie connaissaient une activité intellectuelle
intense qui fut à l'origine de la Renaissance arabe, la « Nahda », basée sur la
liberté, la patrie et la langue arabe, dans une perspective de conception de
l'arabité suivant des objectifs nationalistes, laïcs et non religieux. Les
écrits des syro-libanais dans les domaines littéraire, culturel, scientifique,
pédagogique et philosophique ont été à l'origine de la « Nahda » et un des «
maîtres » libanais de toutes ces disciplines a été sans doute Boutros
al-Boustani, né à Debbiyeh dans le Chouf (1819-1883), qui ne quitta jamais le
Liban.
La censure ottomane tentant d'étouffer ce nouvel essor, de nombreux
intellectuels libanais et syriens prirent le chemin de l'Égypte, où la
Renaissance arabe a effectivement vu le jour, avec de grands esprits comme les
Égyptiens Taha Hussein (1889-1973), Saad Zaghloul (1859-1927) et son frère Fathi
Zaghloul, qui, à travers ses traductions en langue arabe, a introduit la pensée
politique et la sociologie occidentale en Orient.
Les syro-libanais d'Égypte ont contribué au développement des courants de la
pensée libérale et scientifique avec, notamment : Farah Antoun (1874-1922),
intellectuel originaire de Tripoli, fondateur de la revue al-Jamiah
(L'université) et auteur de plusieurs livres ; Yacoub Sarrouf (1852-1927),
directeur de la revue scientifique al-Muqtataf (Sélection), fondée à Beyrouth en
1876 et transférée au Caire en 1883 ; Gergi Zeidane (1861-1914), écrivain
réformiste de nouvelles et de romans historiques sous forme de feuilletons,
fondateur de la revue al-Hilal (Le croissant) en 1892, qui a contribué à
l'éducation de plusieurs générations, non seulement en Égypte, mais dans tout
l'Orient arabe.
La presse et l'art
Le XIXe siècle fut celui du développement de la presse en Orient, qui avait eu
sa première imprimerie en 1697 au Liban, suivi par l'Égypte en 1820. Avec
l'imprimerie, la presse révolutionna la société arabe dont l'éveil culturel
permit aux élites de débattre de nouvelles idées en approfondissant leur
connaissance de l'Europe. Le premier journal officiel en arabe et turc fut
el-Waqa'i el-Masria (Les événements égyptiens), apparu en 1828 en Égypte. Au
Liban, Khalil el-Khoury fonda le premier périodique indépendant arabe, Hadiqat
el-Akhbar (Le jardin des nouvelles) en 1858, et Abdel Kader Kabbani Samarat
al-Founoun (La production artistique) en 1875, qui seront suivis de plus de cent
autres journaux. À la même période, les frères Béchara et Salim Taqla fondèrent
(1875) à Alexandrie le célèbre journal al-Ahram (Les Pyramides), transféré au
Caire en 1899. Ce journal, conçu de façon moderne, se développa rapidement au
niveau régional et international, devenant aujourd'hui l'un des plus grands du
monde arabe, avec des versions hebdomadaires françaises (al-Ahram Hebdo) et
anglaises (al Ahram Weekly).
Dans le domaine de l'art, les Libanais et les syriens ont également été
prolixes, notamment au théâtre. La première pièce écrite et jouée en Orient fut
al-Bakhil (l'Avare), adaptée de Molière et présentée en 1848, près de la place
des Canons à Beyrouth, par le Libanais Maroun al-Naccache, qui devint ainsi le
père du théâtre arabe. Vu les difficultés rencontrées au Liban en raison de
l'occupation ottomane, les Libanais développèrent le théâtre en Égypte, où
Georges Abyad, fondateur du théâtre égyptien moderne, créa en 1912 la première
troupe arabe professionnelle.
Sans oublier la science de la calligraphie arabe, avec son chantre le professeur
Naguib Bey Hawawini, scribe du khédive Fouad 1er, et professeur d'écriture
arabe, qui fera le voyage d'Ankhara et participera entre 1920 et 1923 à la
traduction de l'écriture arabo-turc en caractère latin, sous la volonté et
l'impulsion de modernisation et d'occidentalisation de la Turquie moderne de
Kamal Attaturk. La révolution de 1952 en Égypte fit tomber la monarchie, ce qui
entraîna un choc au sein de la colonie libanaise, très affectée par ce
changement brusque, principalement après 1956.
En effet, à cette date-là, la nationalisation nassérienne toucha la classe
bourgeoise dans son ensemble, musulmans comme chrétiens. Des centaines de
familles perdirent du jour au lendemain leurs biens personnels, industries,
magasins et autres propriétés, saisis par le nouveau
gouvernement. Cela provoqua une nouvelle grande vague d'émigration vers le
Nouveau Monde et l'Australie. Beaucoup sont cependant restés en Égypte,
préservant jusqu'à ce jour les relations égypto-syro-libanaises, plusieurs fois
millénaires. Ces personnes sont très engagées dans la société égyptienne, comme
il existe un grand nombre d'Égyptiens et de Syro-Libano-Égyptiens au Liban mais
bien peu en Syrie, qui font le pont entre les 3 pays dans les domaines
culturels, économiques et politiques.
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